le procès des dieux « deuxième partie »

Père Philippe de retour de la visite des pièges un soir, vint à trouver son salon plein de ses vieux amis qui pourtant, l’avaient abandonné. Il les avait épiés sans mot dire. C’est ça l’Afrique !!! Objecta-t-elle, finalement dans sa chambre, aujourd’hui que mon fils à l’argent, mes vieux amis de service me rejoignent sans être convié à une invitation. Ah ! Sacrée Afrique au lendemain de ce jour.
Il était 6h30 min quand on vint réveiller MOTEMO en l’informant de la grave maladie dont son frère en souffrait horriblement. Surpris par la nouvelle car cette maladie s’avérait être inopinée, il n’y prêta aucune attention particulière. Il voulu se rendre au lieu de service quand père Philippe vint de lui-même le chercher et le conduisit jusqu’auprès du malade.
Là, il se rendit compte que son frère aîné TAGNE souffrait vraiment. Toute la nuit, expliqua père Philippe ; cet enfant n’a pas fermé l’œil un seul instant, et nous avec. D’ailleurs comment s’endormir sans être réveillé par ses multiples gémissements ?
Il me semble que cet enfant est victime des coliques. Regarde comment il se torture le ventre ; ça peut être des vers intestinaux. Va nous chercher le vermos. Non, cela fait juste trois semaines qu’ils ont consommé le remède pour combattre les vers ça l’air plus sérieux que nous ne le pensions. Ça peut-être un poison. Non reprit, MOTEMO, nous étions seulement trois à boire de la bière hier-soir et entre nous les frères. Qui l’aurait donc empoisonné ? Ce peut être le poison de nuit. Que sais-je.
Seule le diagnostic d’un docteur pourra nous épargner de nos vilaines réflexions. Vas-y donc chercher le docteur.
Le docteur, Fernand bien que la soixante atteinte, pouvait se déplacer d’un bout de village à l’autre. Dans le seul but d’aller sauver une âme en souffrance. Ne pouvons transporter urgemment TAGNE jusqu’auprès du docteur par carence de moyen de transport viable, ne pouvant risquer d’emprunter le pousse-pousse dont une roue était même crevée, on fit sitôt appel au docteur qui vint à pied dans les tréfonds du village des « poches » pour diagnostiquer le mal que pourrait souffrir TAGNE. On voyait vraiment en lui, un véritable homme de Dieu. Même coléreux, il s’efforçait de sourire. Sa disponibilité, sa serviabilité lui avait valu tous les titres honorifiques dans le village.
C’était un blanc ; un missionnaire blanc pas comme les autres. En dehors de lui, aucun blanc ne se serait déplacé pour cause d’aller sauver la vie d’un Nègre. Il ne connaissait pas de discrimination. Selon son entendement tous les hommes, de races confondues, étaient tous les brebis de Dieu. Il ne suffisait pas seulement de prêcher l’évangile comme si on était obligé parce qu’il faille faire plaisir à la hiérarchie. On pouvait même se passer de lire la bible, d’aller à l’église. Mais agir conformément au principe du bon sens. Il raffolait de rage contre ces blancs, qui, se vantaient de leur éducation, de leur instruction et pire encore de leur nutrition. Ah ! Quels salauds de prélats !!
Alerté, il prit quarante cinq minutes pour rejoindre précipitamment le domicile de père Philipe. S’étant essuyé le visage du revers de sa main, il plaqua ses binocles à ses petits yeux de papillon.
Le port de ces lunettes lui rajeunir son visage carré de quelques années. Oh ! Mon pauvre TAGNE… Qu’est-ce qu’il ne va pas ? TAGNE balbutia des mots inaudibles. Père Philippe suggéra qu’il pourrait s’agir d’un poison. Nous lui avons donnés des remèdes pour le paludisme, du vermos pour les vers mais les résultats sont nuls, renchérit-il. Ainsi, c’est plus compliqué et plus complexe !
A l’aide d’une boite, le Docteur Fernand recueillit les selles et l’urine de TAGNE et prévint MOTEMO de venir chercher le résultat en début d’après-midi. Sur le champ, il le fit avaler quelques calmants et soudain TAGNE sentit sa douleur se calmer. Il dormit quelques instants. Dare-dare dans son labo, le docteur Fernand examina les selles et puis l’urine. Pouf ! Il n’y trouva aucun indice correspondant à l’identification d’une quelconque maladie. Il refit cet examen plus d’une fois ; à la dernière fois, en l’observant, on aurait cru que le nombre de rides doublait sur son visage déjà anxieux. Courroucé sans doute par la médiocrité des découvertes, il sortir de son laboratoire avec une folie—. Au moment où il engageait à pieds, le raccourci qui mena chez père Philippe, le moteur de l’unique voiture de marque Suzuki ronflant— dans la cour d’hôpital. Son auxiliaire père Bouffon venait de rentrer de ses promenades avec à son arrière une gonzelle. A peine stationnée, le docteur Fernand en prit possession. Il eut à faire que dix minutes de conduite pour atteindre le domicile du malade. De l’intérieur, il criait d’une voix presque larmoyante et suppliante, hé ! Hé ! Qu’attendez-vous pour me conduire le malade ? L’attente ne fut pas longue. MOTEMO et père Philippe accompagnèrent le malade jusqu’à l’hôpital du diocèse.
Voilà mon cher ami couches-toi ici, ordonna le docteur Fernand au malade. En plusieurs reprises, il fit et refit ses analyses, ses observations mais hélas. Rien ne pouvant être considéré comme un signalement quelconque à une maladie. Rien ne pouvait signifier un empoisonnement.
Alors cher Philippe je suis bien désolé. Médicalement votre fils n’est pas malade. Voici les clichés radiographiques et les différents examens. Comme nous sommes en Afrique, veillez voir du côté des traditions et du côté de la médecine traditionnelle ce peut-être une maladie mystique ou quelque chose relevant purement et simplement des coutumes. Ce que je peux vous dire en observant votre fils, c’est qu’il va mal et très mal même.
Il était cinq heures quand père Philippe sortir des draps. Le matin d’un dimanche pour se rendre en forêt. En compagnie de MOTEMO, ils parcouraient les pistes en bavardant quand soudain, ils rencontrèrent sur leur chemin un vieillard.
Père Philippe eût du mal à reconnaître TOMBOULE. Ce grand KAHMSI ; ayant retenu le bras de MOTEMO, l’entretena en ces termes : « Fils, tu n’es plus un gosse ; il est l’heure que tu assumes tes responsabilités. »
– De quelles responsabilités s’agissent-ils ?
– Tu devras faire des sacrifices aux ancêtres enfin que ceux-ci t’intercèdent devant l’Eternel.
Si tu tiens à ta prospérité et au bonheur de ta famille vas-y et fait les d’aussitôt. Tu as intérêt à les faire si vite parce que delà dépend la santé de tes frères. Père Philippe qui s’était rendu compte d’être seul à longer la route, fit marche arrière et comprit la dernière phrase. Il écarquilla les yeux pour bien voir s’il se trompait de la voix de TOMBOULE.
Ah, vieil ami qu’est ce que le ciel est grand ! Dire que je suis passé tout prêt de toi sans le remarquer. En effet, la longue barbe blanche que traînait TAMBOULE, le grand KAHMSI du village, depuis la mort de sa fille unique, juste à la veille de son mariage, le rendait méconnaissable. Cette mort l’avait longtemps chagriné au point qu’il en vînt à se négliger. Sa ronde petite tête d’autrefois supportait une grande forêt ; ses gros yeux étaient devenus dans cette forêt méconnaissable pour la recherche d’une herbe médicinale, il paraissait être immunisé contre la piqûre des ronces et des bestioles. Ce sont ces détails qui l’avaient fait passer pour un fou devant père Philippe.
— Au village, père Philippe invita tous les enfants au salon. Du jamais vu ; c’était la première fois durant son existence que père Philippe établissait un dialogue franc entre lui et ses enfants. De coutume seules les relations verticales leurs unissaient. Alors mes enfants ; il est grand temps que vous sachiez l’histoire de notre famille. Je suis le dernier rescapé d’une très large famille issue de la dynastie des WABO TAYOUTUE.
Il y a de cela plusieurs décennies que nos ancêtres notamment WABO TAMEUDOM TAYOUTUE, traversa l’eau de YOGAM en provenance de Bangoua pour s’installer dans ce village. Il serait parti de là, parce que ne voulant pas hériter son feu père. Son frère TCHATUE serait devenu par la suite successeur. Tout ce que l’on sait de TAMUEDJOU, c’est qu’il s’est avéré être grand guerrier. Ce talent venant confirmer le nom qu’il reçu de ses parents. Il aurait combattu auprès du chef de ce village pour épargner notre terre de ses ennemies multiples, dont le plus redoutable fut FOTSO II, chef du canton voisin qui, rêvant étendre la frontière de sa contrée jusqu’au limite du Lac Tchad, n’épargnait aucune communauté lors de ses conquêtes.
En fuyant le trône à Bangoua, ne voulait pas succéder à son père, il croyait se dérober des durs sacrifices imposés aux WABO. Ce ne fut qu’un rêve. Une fois installé aux côtés du chef de notre nouvelle communauté, il fut coopté WABO et ceci par récompenses à ses multiples services. Il eut près de trente femmes et quatre vingt enfants. En fronçant ses sourcils et en dissimulant ses dents carrées, père Philippe dans une quinte de toux étouffée, détourna ses yeux en disant : « c’est dommage qu’à sa mort, il ne lui resta plus que quinze fils. Vous comprenez toute à l’heure comment c’est difficile d’être WABO. Etre WABO, demande de faire régulièrement de sacrifices humains. Il en faut quatre vingt dix personnes pour être consacré pleinement à ce titre. Ce dernier serait mort à l’âge de cent dix ans et alors, vint au tour de mon père d’être WABO.
WABO FOTUE TAYOUTUE, comme il convient d’appeler mon père, régna pendant plus de cinquante ans. Il dû balayer ses frères et certains de ses enfants pour combler le nombre restant à compléter. Quand il fût mort, il me resta seul mais, avant de mourir, il interdit formellement que ce serait une injure que j’hérissais de son trône.
Longtemps chagriné par la mort de son préféré, il ne trouva pas en moi un fils digne d’être bon successeur.
KAMGA, mon frère aîné était son fils préféré. D’après les coulisses, il lui aurait doigté dans leur cercle pour qu’un jour, s’il vint à mourir qu’on en cherchât pas son héritier en hésitant. Mais, son ami SAM aurait trahi sa confiance. Ce fût un jeudi, ce jour fatidique ou, il fallait tronquer l’argent, et les pouvoirs reçus dans les sociétés secrètes contre une chèvre, que SAM au lieu de précipité en guise de sacrifice SIEGO qui, serait mot plus tard naturellement, choisit de poignarder mystiquement KAMGA. Après ce décès, WABO FOTUE fut fort chagriné qu’il en mourut de chagrin.
– Pourquoi ne pouvait-il pas lui-même être directement auteur de ce forfait ? Interrogea MOTEMO qui, suivait attentivement l’histoire.
– Les WABO ne sont pas aussi naïfs tel que tu pourrais le croire. Ils se protègent du caddie. Du moment où son ami tue en son nom, quoique vous fassiez, il est épargné de toute atteinte. C’est ainsi qu’ils opèrent. D’ailleurs que feriez vous quand ils — ont — en eux, leur écorce qui leur procure une sorte— de pouvoir ? Nous avons vu des gens crier de rage et courir avec frénésie munis de coupe-coupe ou de hache dans le but de les effilocher. Mais toute fois auprès d’eux, ils furent anéantis par on ne sait quoi. Seule une femme aurait réussi le coup—— sa fille venait de mourir ; soudainement quand son mari voulu pénétrer sa chambre pour s’assurer de sa protection, elle lui porta le coup fatal ; un bon coup de gourdin et, il tomba raide mort.
– Qu’est ce que c’est merveilleux suggéra MOTEMO ; c’était une véritable réplique.
– Revenons à nos moutons, s’enquit père Philippe. Dans une voix demi teinte, comme s’il avait soudainement été enrhumé, père Philippe repartit en disant. MOTEMO, mon père voulu que tu deviennes son successeur. Les paroles de TAMBOULE m’ont réveillé la mémoire le matin. MOTEMO qui venait de perdre son sourire, comme affolé par cette révélation, avait maintenant un visage crispé et suivait plus attentivement la conversation.
– MOTEMO avant de mourir, mon père me fit cette confidence. Ah, pauvre Philippe ! Me voici au crépuscule de ma vie mais, tu ne pourrais m’être utile dans ma succession qu’à un seul point. Dans les entrailles de ta femme, les Dieux sont entrain de forger mon successeur. Ils mettront dix ans à le façonner. N’en fait donc pas un problème si ta femme à de problème de maternité pendant une décennie. Je te le préviens parce que je t’aime. Pendant, dix ans, ta mère poule sera victime d’une ménopause précoce mais, à la onzième année, naîtra un fils. Garde-toi de le donner un autre nom que celui de MOTEMO.
Voilà MOTEMO. Les faits se sont confirmés. Ma femme a bien fait dix ans sans maternité et comme miraculeux, tu pénétras son vagin. Quelle trouille, tu as causé !
Pendant quatorze ans depuis ta naissance, j’ai connu milles misères et tracasseries. Il reviendrait donc de part mes analyses, que c’est WABO FOTUE qui t’aurait façonné. Congénitalement. Les faits sont vraisemblables pendant toute l’existence de ce salaud de père, il nous a fait connaître de tas de misères. Ainsi donc, tu es l’incarnation parfait de WABO FOTUE. Il n’y a rien d’étonnant que tu sois son successeur.
– Ainsi donc, j’ai eu des oncles ?
– Oui MOTEMO, assez que tu ne pourrais les énumérer
– Ah, Pauvre père, tu ne peux pas savoir ce que sait que d’admettre cette vérité.
Au cours de ces dernières années, sur mon chemin, j’ai dévisagé tous les hommes espérant trouver un qui, te ressemblerait. Sans trop de timidité que j’éprouve à ton égard, je me serais donner le luxe de te le demander. Depuis longtemps si j’eus un oncle.
Aujourd’hui, tu affirmes que j’en ai eu assez et que l’homme dont je suis appelé à succéder les a précipités.
Père, il faut franchement que je lui succède.
– Quel drôle de question ! Puisque ce fut sa dernière volonté, son plus cher souhait. Il faudrait que tu le fasses. Il faut que sa dernière volonté fût exhaussée sinon, nous attirerons sur nous, le courroux des Dieux.
Ah ! Si mon ami Jean Paul pouvait suivre ces conneries.
Oh, Jean Paul ! Où es-tu ? Pour que je te dise que j’eus des oncles comme les siens.
Durant toutes mes années scolaires, Jean Paul me promena chez tous ses oncles.
Sais-tu ce dont nous recevions ? Des jouets pour les fêtes de Noël, des bonbons, des chocolats et que sais-je encore ! Qu’est ce que c’était humiliant que je ne le promenasse pas chez l’un des miens pour qu’il reçoive les faveurs.
Ah ! Mes pauvres oncles ; s’ils avaient existé !!!
Aujourd’hui, vous voulez que je glorifie WABO FOTUE en le succédant et que faites-vous du fait qu’ils, les WABO ont empoissonné notre existence.
– T’as pas le choix ; c’est ça l’absurde de notre existence en terre Bamiléké.
Cessez d’y réfléchir.
Bonne nuit les enfants.
Il était dix heures quand MOTEMO pénétra la grande bibliothèque de la Mission Catholique. Il se dirigea vers les rayons de littérature où, il entra en possession du livre de Hamadou HAPATHEBA intitulé « L’étrange destin de Wangrin ». Des étranges idées foisonnaient dans son crâne, il répugna le désir de lire en refermant son livre. Pour véritable distraction, il se laissa convaincre des charmes de la jeune Myriam. Il dévorait des yeux, cette jeune fille dit on venue en vacances. Dans sa robe tellement endimanchée qui laissait transparaître la politesse de sa poitrine, elle paraissait âgée de près d’une vingtaine d’années ; mais ses cheveux noirs coupés courts, donnait l’impression qu’elle paraissait plus jeune surtout de part le port des lunettes qui rendaient son visage plus minuscule.
Sa manière de parler avec délicatesse avait du charme. Elle semblait assez réfléchir pour articuler le moindre mot. MOTEMO qui en réalité aucune femme aussi riche, intelligente, civilisée, éduquée et belle soit-elle n’avait particulièrement jamais puis le convaincre de ses charmes, succombait peu à peu au charme de Myriam. Elle semblait le dominer d’un peu de sa taille d’un mètre soixante quinze et peut être vraiment de son âge. Mais ce n’était là, que de moindre détail qui n’enlevait rien à la grande beauté de cette créature. Il l’épiait d’un regard furtif, évitant la moindre coïncidence du regard ; quand elle sortit de la bibliothèque pour rejoindre son domicile, dans un quartier chic de la ville, MOTEMO se reprocha sa lâcheté pourtant il étouffa en lui toute résistance de la poursuivre. Pour se consoler, il se dit qu’elle n’avait rien d’aussi extraordinaire que les autres. Mais c’était de la peine perdu. Elle venait de mordre dans le cœur de MOTEMO un besoin vif d’aimer. D’aller au profond de l’Amour. La morsure avait été si profonde qu’il se reprocha une énième fois le fait d’avoir étouffé ce désir de la draguer… sur ce, il couru vers la maison en se disant qu’une autre fois sera la meilleure, MOTEMO surprit père Philippe entrain de presser les seins rassis de MEGNE, il espérait que même des hauts de ses soixante dix ans, il trouverait encore dans cet abreuvoir, quelque réserve de son lait préféré.
Quant à MEGNE, elle râlait de plaisir et de joie ; elle était confiante que père Philippe ayant reprit goût à son breuvage dont elle seule pouvait le gaver, l’aimerait toute la vie. Pour s’en convaincre que ce n’était pas un fait fantoche pour distraire ses illusions, elle tata la culotte de père Philippe pour se rassurer si sa baguette prenait du volume ; s’il éprouvait encore du plaisir à la faire l’Amour.
En voyant l’ombre de MOTEMO s’élever sur le sol, père Philippe releva subitement la tête en y laissant échapper au sol, peut-être l’unique goutte de lait.
– Ainsi donc papa, tu éprouves encore du désir charnel.
– Tu ne peux pas savoir comment ta mère me rend dingue… je l’aime…
Cette phrase, « je l’aime » fit de sorte que MOTEMO rêvasse de Myriam. Par une sorte de transposition, il devint soudainement père Philippe et la mère Megne devint Myriam. Il se surprit entrain d’avaler une grosse salive.
Père Philippe ayant remarqué que son fils était hors d’haleine le questionna : qu’a-t-il, t’arrive MOTEMO.
– C’est rien papa, je pensais justement aux histoires d’hier soir.
Pourquoi et comment dois-je faire des sacrifices ?
– Revenons-en à l’histoire pour que je t’explique le fondement du principe.
Il y a longtemps, des centaines d’années, très longtemps que je ne pourrais te situer avec exactitude l’époque vivaient deux hommes sur terre.
L’on ne suit trop pourquoi un jour, l’un d’entre eux décida de mettre terme à la vie de son frère. Restant seul sur terre, le meurtrier cru être la victime d’une certaine malédiction. N’en revenant pas du fait que, c’est de ces propres mains, qu’il mit fin aux jours de son frère. Il s’imposa un rituel pour se faire pardonner… la solitude dans laquelle il s’était lui-même imposé était là sa grande punition et cette malédiction dont-il redoutait. C’est ainsi qu’il aurait déterré le corps de son frère et, de ses ossements, il retint les os du crâne.
– Qu’est-ce qu’il en fit de cela ? Interrogea MOTEMO.
– Ne soit pas si pressé, j’y arrive.
Quand il prit possession du crâne, il vint le conserver dans sa case, tout près de son lit et aussi pas très loin du feu. Pour le rituel, chaque mois qu’il s’offrait un repas dont le disparu avait aimé, il en prenait soin de verser sur ce crâne une poignée, tout en le suppliant de l’intercéder devant Dieu pour qu’il le pardonne et le sort de sa solitude.
Ce meurtrier avait la ferme conviction que seul le mort pouvait l’intercéder réellement devant l’éternel. Ne partageaient-ils pas ensemble le monde de l’invisible et ses secrets !!
La mythologie affirme qu’il aurait eu gain de cause, car plus tard, Dieu façonna un être à son image à l’aide de ses côtes et celle-là devint sa femme. Ainsi, il fut sauvé de la solitude.
MOTEMO qui se sentait si seul bien qu’il fût en compagnie de son père, cru avoir Myriam auprès de lui. Quand il tendit la main pour prendre possession d’elle, il ramassa au sol une statuette.
– Ainsi donc papa la même malédiction est en moi grogna-t-il à l’intention de son père qui ne pouvait rien comprendre à cette parabole.
Son père continua l’histoire en disant : « nous sommes donc les héritiers de cette tradition et puisqu’on en parle, il y a un devoir sacré qui nous incombe. Va, nous chercher une pelle et une houe.
– Creuse là fiston.
En observant MOTEMO hésiter, raillant en ces termes il dit ah, mon gaillard ! T’as pas de couilles ; tu n’es qu’une photo d’homme. Creuse, va s’y mon fils.
En quelques minutes et pour peu d’efforts, ils se retrouvèrent dans les profondeurs du sol à deux mètres.
– Eh bien, voilà ce qui nous intéresse. Il indiqua de son index les os du crâne.
Ce qui nous reste à faire, c’est de le mettre auprès de ses frères. Jamais MOTEMO n’avait pénétré pareille case ; peut-être il l’aurait fait si son grand-père avait survécu, cette case ronde, haute de trois mètres, soutenue à l’extérieur par huit piliers dont quatre se situaient à la façade, deux autres du côté gauche de la case et sur le plan droit, les deux autres. A l’intérieur, un pilier était juste planté au centre de la maisonnée. La toiture faite de pailles avait conservé intacte sa solidité et surtout sa beauté.
MOTEMO en s’avançant dans la pénombre de l’obscurité heurta son tibia en se torturant de douleur, père Philippe activa sa torche. La faible lumière qui éclaira la pièce permis à MOTEMO de remarquer là le couchage sans doute de son grand-père, un vieux lit fait de bambou dont les punaises en avaient élus domicile. Juste à côté du lit, à quelque mètre, il observa un foyer au-dessus du foyer pendait encore une vieille marmite de pot suspendue en l’air par un crocher de fer. Loin en haut, d’où ce fer prenait sa source, son père lui indiqua le grenier. Son père appela cette piètre case, la grande maison. S’éclairant toujours de la faible lumière qu’émettait sa torche il indiqua l’endroit où devait désormais, rester le crâne de WABO TAYOUTUE.
– Mon fils approche ; ici repose par ordre chronologique WABO TAYOUTUE 1, WABO TAYOUTUE 2 et WABO TAYOUTUE 3. De l’autre côté, ce sont les femmes et tes oncles mais pour l’instant, cela t’intéresse de très peu. C’est pour cette raison que je parlais toute à l’heure de la grande case parce qu’ici, reposent nos Dieux. A présent, faisons un tour dans la concession très loin là-bas, cet arbre là, représente notre chapelle familiale.
Tu vois donc que l’exercice que nous venons de faire n’est pas seulement une distraction d’esprit. Cela demande une mémoire, il ne faut pas se tromper de crâne quand il faut faire de sacrifice et outre, cette case est notre album photo, elle regorge assez de bons souvenirs en observant le crâne de chaque membre de la famille, tu peux établir par ce fait un arbre généalogique et d’une manière chronologique de ta famille.
– Alors mon père en quoi consisterait donc les sacrifices dont je suis appelé à faire.
– Ecoute fiston. La mort de mon père, seule la raison qu’il serait mort chagriné du décès de son préféré avait été élucidée comme cause de sa mort. Personne n’a eu vent de cette autre raison et Dieu merci, cette rumeur n’en a pas courue. Il s’agirait de ma mère, et sa plus jeune épouse. Ma mère fut peut-être jalouse des égards que mon père lors de son vieil âge entourait sa dernière épouse. Cette jalousie l’aurait contrainte finalement à lui servir un plat empoissonné.
Nous devons aujourd’hui faire des sacrifices aux Dieux pour qu’ils oublient cette ténébreuse situation.
– On la suppose seulement ; le grand-père serait mort en conjurant les Dieux de notre famille pour nous maudire.
– Ainsi WABO TAYOUTUE a été si cruel jusqu’à là ?
– Oui.
– Et vous croyez qu’un impur peut nous intercéder devant les Dieux ?
– Que sais-je.
– Alors mon cher papa, sais-tu pourquoi je ne m’étais jamais confessé devant le père Bouffon ? Parce qu’il aimait trop les bas de jeunes et qu’en plus de cela, très souvent, il était accusé de détournement des deniers de culte.
En toute honnêteté, comment un tel esprit souillé peut-il penser être l’ultime intercesseur entre les esprits purs et nous autres ? Ceci reviendrait à dire que si c’est pour les Dieux de TAYOUTUE, ces piètres sacrificateurs que je devrais faire ces sacrifices dans le sacré but de nous intercéder devant l’Eternel, je ne le ferais jamais.
MOTEMO était revenu plusieurs fois à la bibliothèque sans jamais plus y trouver Myriam.
– Son absence le faisait discrètement aigrir. Sans le savoir il souffrait déjà pour cette inconnue qu’il n’eut la chance qu’une seule fois de la voir. Son cœur en avait pris un coup.
Une voix vint à réveiller de ses rêves. Celle de son frère,
– Oh ! Frère nous t’avons fouillé partout ; la santé de notre aîné va de mal en pire ; père Philippe a demandé que tu viennes le plus vite possible.
En sortant de la bibliothèque, il rencontra Myriam qui longeait le corridor mais que pouvait-il lui dire en ce moment ! Il n’eut que le temps d’observer sa démarche gracieuse et son cœur battit si fort qu’il n’eut même pas le courage de lui dire bonjour. C’était la première fois que MOTEMO se sentait humide devant une femme. Lui, qui avait été jusque là, toujours arrogant et fier de sa personnalité ne comprit pas ce qu’il arrivait. Myriam, cette illustre inconnue l’imposait du respect. Le fait qu’elle lui avait effleuré le procurait une curieuse joie et surtout, il partit avec l’odeur de son parfum.
Tout essoufflé, MOTEMO retrouva père Philippe en larme. D’une voix entrecoupé, il lui dit, « il est mort » d’un regard accusatif et plaintif, il lui rejeta, tu aurais du faire des sacrifices MOTEMO. En voici le prix de ton entêtement.
– Non, je n’y pense pas. C’est la volonté de Dieu, rétorqua MOTEMO.
MOTEMO aperçu une silhouette, écarquilla les yeux pour mieux voir celui qui tenait sa main. Si s’avait été le père Bouffon, il aurait piqué une crise. Heureusement pour son cœur que ce fut le Docteur Fernand.
Après le bréviaire de père Bouffon qui, aimait s’afficher en pareille circonstance aux yeux du public, on enterra TAGNE
Evènement triste mais gaie également pour le compte de MOTEMO qui, profitant de la collation, par sans avoir rassemblé un agrégat de courage, souffla deux mots tendres dans les délicates oreilles de Myriam, celle-ci répondit à son invitation d’être à ses côtés par un sourire affectueux.
Ils n’eurent pas le temps de célébrer leurs retrouvailles et leur accord de mener une vie commune car, d’une course folle, père Philippe vint annoncer en fondant en larme que KENGNE, son deuxième fils souffrait depuis quelques instants de mêmes maux que le défunt.
Sans prendre garde à l’assistance, il tira MOTEMO par sa chemise en marmottant, tu dois prendre charge de tes responsabilités. Cesse de jouer au intellect, au philosophe. Mes enfants sont entrains de mourir ; est-ce que tu le comprends, hein, fils de vampire. Qu’est-ce que tu es venu faire pour nous ! Doucement papa, ne t’irrite pas tout.
Monsieur l’abbé, avant de mourir, nous disait que seul un esprit pur, vrai pur pouvait nous intercéder devant Dieu. Nos ancêtres sont des incapables. Aucun WABO ne peut se donner ce luxe. Est-ce qu’il est possible que toi, esprit pur, pour atteindre l’éternel, autre esprit trop pur, puisse passer par WABO TAYOUTUE, le sacrificateur ? Ne trouves-tu pas que l’intermédiaire n’est pas purifié !!
S’il faut que je fasse des sacrifices à des sacrificateurs pour qu’ils m’intercèdent devant Dieu, je préfère en mourir moi-même. J’ai l’impression de louer les enfants de diable au lieu des disciples de Dieu.
Il faut qu’un esprit soit pur pour communiquer avec Dieu. Jésus Christ l’était et peut-être certaines de ses apôtres mais nous avons corrompu les mœurs.
Quant à l’histoire, il y a lieu de remarquer que le mort fut un être pur ; il ne fit aucun pêché en l’encontre de son frère. Seul le meurtrier lui était redevable. Le meurtrier en communiquant au devant du crâne de son frère, en lui faisant des sacrifices, offrait des dons à un esprit pur. Et c’est pourquoi la communication et la relation entre les trois pouvaient être établies. C’est le malfaiteur qui se répand.
Dans notre cas, tel n’est pas la réalité, c’est nous autres, pauvres innocents, qu’allons demander pardon aux sacrificateurs et pire encore, pour qu’ils nous intercédassent devant lequel Dieu !
Ah, fiston quelle brave plaidoirie ton frère est entrain de mourir et tu trouves le temps de philosopher. Par rapport à notre cas, c’est le préjustice que notre maman aurait commis au père que nous voulons résoudre, suffoqua père Philippe.
– Que le diable l’emporte. Que vaut ce poison si véritablement il y eut lieu, par rapport au nombre de ses meurtres ? Le diable c’était emparé d’eux et, il est normal qu’ils réglèrent leur compte. Nous autres, nous n’avons rien à y voir.
– Mon fils n’oublie pas que l’iniquité des pères s’abat sur les fils jusqu’à plusieurs générations.
– Est-ce en se formalisant aux traditions, de cette manière, en faisant des sacrifices au diable que vous pensez l’absoudre ? pas avec mon concours.
Comme ils étaient entrain de se chamailler, Megne vint presque toute nue, toute essoufflé, nonobstant des injures en annonçant la mort de KENGNE.
Vous avez tué mon fils ; KENGNE est mort. Père Philippe larmoyant, cria : « MOTEMO, MOTEMO. MOTEMO mijota : mieux vaut tous mourir pour que naisse une nouvelle génération d’hommes sanctifiés. »
Cela faisait un an que MOTEMO et Myriam menaient officieusement une vie commune. Il fallait donc officialiser les choses civilement et traditionnellement et pour ce, MOTEMO reçu le consentement de ses parents.
Ce fut un vendredi soir qu’ils partirent voir le maire pour s’unir pour le meilleur et le pire. La mariée dans sa robe blanche, rayonnait de beauté et de gaieté. En observant MOTEMO ce jour là, on aurait cru qu’il célébrait ce mariage pas de gaieté de Cœur.
Son visage était plutôt sombre et triste. Au cours des cérémonies, il eut l’air complètement égaré. Bien que trop costumé et parfumé, sa galanterie se perdait pour des idées obscures. Sa timidité en lieu de cérémonie fut étonnante.
Quant à MEGNE, la perte subite et sans grande intervalle de ses fils l’avait presque rendue folle. Elle s’était vêtue de son vieil cabas et portait des sandales. Elle avait drôlement refusé de porter les habits neufs que lui portait MOTEMO. Les gens crurent que c’est le piètre état de sa mère qui mettait MOTEMO hors d’haleine. Père Philippe avait contenu son amertume dans le whisky. Bien que broyant de noir, il donnait l’illusion d’être sur ses pieds. MOTEMO était perdu, on dû le réveiller enfin qu’il récite après le maire et pour qu’il fasse un baiser solennel à Myriam.
Myriam ne comprit rien à l’habitude de MOTEMO, elle fondit en larmes croyant que MOTEMO regrettait déjà aussitôt le fait de l’avoir épousée. Lui qui profitait de toutes les occasions pour l’arracher sa langue n’éprouva aucune émotion quand elle lui tendit ses lèvres
Dans une atmosphère mouse, faite de suspicions, ils rejoignirent le domicile conjugal et une fois à la maison, on comprit que ces mauvaises humeurs présageaient un malheur.
MEKUATE, l’unique fille de père Philippe se torturait le ventre en serpentant le salon.
Elle succomba après dix minutes.
En espace de cinq ans, père Philippe avait assisté impuissamment à la mort de ses enfants à l’exception de MOTEMO qui, souffrait de l’ingratitude de son mariage.
MOTEMO qui semblait être l’unique rescapé d’une épidémie, devenait plus en plus vulnérable. Il souffrait depuis un mois, d’une horrible maladie légèrement différente de celle qui avait emporté ses frères dans l’au-delà par une diarrhée.
En observant la nudité de sa femme dans la chambre il eut soudainement envie de baiser. Son corps chétif devint aussitôt un objet d’amusement pour Myriam. Elle s’amusait dans les draps à caresser les os des côtes qui se dessinaient sur le corps squelettique de MOTEMO. A l’inverse de son père qui raffolait de lait, MOTEMO avait une prédilection pour les lèvres et râlait de plaisir quand sa dulcinée pinçait ses testicules pour qu’en fin, sa maigre baguette puisse entrer en érection.
Elle y parvint après trop d’efforts et Myriam qui n’avait jamais percé le secret du chant du cop, sentir au troisième chant du cop une torride eau, tellement chaude, inondée son vagin en la pénétrant jusqu’à la profondeur de sa chair. Jamais en faisant l’Amour avec MOTEMO, elle n’avait eu pareille sensation et ce fameux chant de cop n’avait jamais pénétré ses rêves. En voulant s’étirer de MOTEMO pour s’échapper de ses grosses gouttes de sueur et surtout cette chaleur que le contact de leur membre produisait. Elle crut avoir fait un cauchemar. MOTEMO tomba raide mort sur le lit. Elle fut tellement surprise qu’elle n’eut pas le temps de se rhabiller ; elle voulu crier mais, elle se sentir soudainement aphone. Toute nue, elle rejoignit père Philippe. En se lançant dans ses bras, elle beugla : « mon mari est mort dans mes cuisses » et c’est en cet instant qu’elle se rappela qu’elle était nue et porta une de ses mains sur sa forêt pour dissimuler son sexe.
Père Philippe qui avait longtemps pleuré n’eut pas les larmes pour MOTEMO.
Père Philippe voyait le restant de ses jours comme un véritable calvaire. Il voulu en mourir à la place de ses fils mais, il lui sembla que les Dieux étaient contents de le voir souffrir. Il avait tellement aigrir de ses réflexions. Il passait le long du temps à réfléchir sur l’attitude inébranlable de son fils MOTEMO. Ce dingue qui même au prix de sa propre vie, n’avait voulu satisfaire aucun caprice des WABO. Pour lui finalement, il n’avait que deux suppositions ou entendements pour expliquer la manière d’agir de Motemo. Soit dans l’au-delà, WABO FOTUE s’étant rendu compte des erreurs qu’ils ont commises durant l’existence, avait voulu se réincarner dans l’esprit de MOTEMO pour racheter sa progéniture. Et pour ce, il fallait payer le prix mais cette fois autrement. Pas plus pour satisfaire le caprice des gourous. A ce propos, il se dit que si tel avait été le cas, WABO FOTUE eut raison de le déshériter en mourant car s’il avait été à la place de MOTEMO, par soucis pour ses enfants, il aurait failli à sa lourde tâche. Outre cette supposition, il pensa que WABO FOTUE peut-être dans l’au-delà, avait utilisé MOTEMO pour se venger de son épouse. Mais, cette idée l’affola et il y renonça aussitôt.
En guise de conclusion, il rapprocha MOTEMO de cet abbé, qui à son époque, avait défié énergiquement les WABO. Pour lui, MOTEMO devait être son fantôme. Tellement, MOTEMO si souvent parlait de cet abbé qu’il ne puis s’empêcher de croire que MOTEMO fut son double.
MOTEMO en lieu et place de WABO FOTUE TAYOUTUE était mort sans verser aucune goutte de sang appartenant à autrui. Le faisant il avait coupé court avec les vieilles traditions. Désormais, c’était sur son crâne qu’il fallait venir faire les sacrifices. Le nouvel médiateur entre les humains et Dieu était dorénavant un esprit pur. Il était mort pour un idéal, purifier une tradition. Etablir une liaison honnête avec les Dieux et Dieu. Un mois après, quand Myriam vint annoncer que la dernière nuit avec MOTEMO avait porté de meilleures semences, il s’en réjouit mais une grosse ride apparue sur son visage. Chaque minute qui passait maintenant, le chagrinait. Il savait qu’il n’aurait pas du temps à sacrifier pour l’éducation et l’instruction de son fils. Chaque nuit le rapprochait de la tombe. Pourvu qu’il ne soit pas stupide comme son père, j’invoquerai de toutes mes forces la puissance de l’Eternel pour qu’il s’éloigne des affaires des Dieux.
Les Dieux ne sont pas faits pour être jugés. Le mystère de Dieux est si profond qu’il faudrait être l’un de leur pour porter un jugement à l’un de leurs disciples.
Seul leur maître devrait leur intenter un procès et non nous, pauvres humains que nous sommes.
Père Philipe avait fait venir sa belle fille ; il parlait en caressant son ventre comme s’il s’agissait de mamelles de MEGNE.
Ecoute fiston, le nom de ton père a porté en lui-même les germes de sa malédiction et la nôtre avec.
MOTEMO, MOTEMO, comme ton nom l’indique, tu fus orphelin ; tu n’eus personne à tes côtés. Ce qui fut ta perte et ton attitude envers les Dieux furent inébranlable pour plus fortement raison quand tu mourus il y avait personne à tes côtés. J’ai été longtemps ignorant pour ne pas savoir que seul ton nom pouvait être l’origine de notre perte ; de notre destruction. Je ne t’en veux pourtant pas.
L’histoire nous dira si tu fus rédempteur. Eh toi, petit fils, ne soit pas si stupide. Quand à toi, s’adressant à Myriam, cet enfant s’appellera SOH POUPON KAMGUE Philippe.
Cet enfant, dans les entrailles de sa mère ignorait peut-être là, l’unique paradis que le réserve cette terre.
Il ne savait pas encore que seuls ses futurs amis seront sa véritable richesse et sa famille. Il ne savait pas que c’est parmi ses futurs amis qu’il trouverait ses oncles et ses tantes. Pourquoi pas, sa grand-mère et ton grand-père !!
Il ne connaissait rien de la cruauté humaine. Loin des entrailles de sa mère, il ne pouvait s’imaginer qu’un jour, ceux qu’il tiendrait pour vrais amis, pourraient le laisser choir dans une mer des requins sans le fournir aucun explication. Il vivait à l’état pur, dans les entrailles de sa mère, son véritable paradis.
L’enfant naquit dans une clinique le 14 Juillet et au moment qu’il naissait, on annonçait à sa grand-mère le décès de son mari.
L’enfant hors des entrailles de sa mère, poussa son premier cri de détresse.
Il fut habillé en noir le jour même de sa naissance. Le symbole de toutes misères de l’humanité.
La veuve éplorée qui, n’avait plus de larme à couler même pour son mari, sourie, regarda l’enfant et dit : au moins toi, tu pourrais contribuer à pérenniser ma famille ; ainsi laissa-t-elle entendre en étouffant un sanglot. L’enfant caressa l’unique dent cariée qui lui restait dans la bouche.

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