le procès des dieux « première partie »

« Tu devras faire des sacrifices aux ancêtres enfin que ceux-ci t’intercèdent devant l’Eternel. »
Ainsi, avait dit le célèbre Khämsi. Et au bout de quelques instants, il avait renchéri, MOTEMO, si tu tiens à ce que tes affaires prospères, tu as intérêt à les faire de sitôt.
Ah ! Ce pauvre enfant ; Quelle fatalité. On aurait pu dire qu’il n’eût jamais de chance depuis sa naissance.
La fatalité le suivait depuis les entrailles de sa pauvre maman. Comment ne pas le croire quand on sait que durant son enfantement, sa maman a failli perdre sa vie. Au cours des neuf mois que dure une grossesse. Sa pauvre mère eu d’horrible crise, dans son agonie, cette femme laissa entendre qu’elle aurait conçu cet enfant en complicité des esprits malsains. Elle cru que son mari ce soir là, avait cédé sa place à Lucifer. Ce soupçon n’était plus a dissipé. Avant que son mari ne lui touche ce soir là deux jours avant, elle avait fait un rêve étrange.
Elle ne pouvait s’empêcher de penser à ce cauchemar dans lequel les eaux sales des testicules d’un vampire inondaient son vagin sans qu’elle ne puisse se révolter, ni crier. De nature bavarde comme une pie, les puissances maléfiques de ce vampire l’avaient rendu aphone.
Elle n’eût pas la force de beugler quand elle se rendit compte que l’enfant qu’elle berçait dans ce cauchemar possédait des cornes du buffle. Ce cauchemar l’avait longtemps traumatisée et malgré ce traumatisme, elle ne fit confidence à personne. Elle n’ouvrit la bouche qu’à partir du septième mois.
Bien que son mari fut ahuri par cet étrange évènement. Il n’y prit aucune considération quoique sa chère épouse insista qu’il fasse un tour chez TAMBOULE, le grand voyant de la contrée.
Jusqu’à la naissance de MOTEMO, père Philipe cru toujours que ces racontars révélaient des fantasmes de son épouse MEGNE. Pourtant deux évènements devaient finalement le contrarier.
Pour la toute première fois et après cinq accouchements, on dû passer par la césarienne pour sortit MOTEMO des entrailles d’une femme agonisant. Pire sa compression inopinée au lieu du service avait sur le coup entamé une dépression psychologie.
Pour une fois dans la vie, le destin lui était fatalement cruel, si cruel qu’il cru qu’effectivement, les vampires avaient visité sa femme et que par conséquent, MOTEMO devait être conçu des semences du diable. Comment ne pas le croire, non seulement sa naissance avait réduit la bourse de la famille à zéros, outre son père venait de perdre son boulot sans aucune explication de la hiérarchie et de plus sa pauvre mère, depuis son enfantement jusqu’à sa naissance, ’était toujours partagée entre la mort et la vie.
Il était donc clair que ce sont les esprits malsains qui avaient activés et participés à la procréation de MOTEMO, et pour s’en convaincre il remarqua que la bonhomie de sa tendre épouse avait disparu, les yeux rentrés dans les orbites et que seule sa volumineuse poitrine lui donnait un visage de femme. Ce qui le fit sourire car, il aimait les gros seins, et ne passait pas sans caresser l’un d’entre eux quoique la maigreur de cette femme enlevait toute envie d’aller jusqu’au bout. Ce n’est pas que le désir sexuel avait disparu ; même avec un bébé dans les bras de sa femme, il ne la laissait pas de répit. Et cette dernière savait le combler ; elle allait jusqu’à l’offrir une tasse de lait de ses propres seins chaque matin.
Sans doute, elle s’attendait au moins qu’il effluât de sa langue ces bouts de seins ; elle alla jusqu’à les sortir du soutien gorge pour l’offrir les tétons.
Mais, père Philippe en détourna son regard. C’est en ce moment qu’elle comprit que la naissance de MOTEMO et surtout sa survie après la césarienne était le prolongement du cauchemar qui la poursuivait depuis comme son ombre. Pour une fois, père Philippe avait refusé de prendre l’objet de son affection.
Ce refus de père Philippe ne se dissipa pas sans faire des ébullitions dans la cervelle de sa tendre épouse, père Philippe devait déjà avoir une seconde femme, mijota-t-elle. Quel gâchis MOTEMO ! Fils de Diable.
Depuis son mariage, elle avait tout fait pour responsabiliser père Philippe ; tout essayer pour le rendre fidèle, et c’est pourquoi elle s’offrait à lui-même pendant l’allaitement ceci dans l’espoir qu’il n’aille ailleurs chercher un pourri sexe. Voilà qu’avec la présence de MOTEMO, le système s’effondrait.
Or, la pauvre MEGNE ! Dommage qu’elle se fasse des soucis. Si au moins elle s’était imaginé la bonne raison de la révolte de père Philippe, elle se serait moins fait de mal en croyant que le serment de fidélité qui la liait à son époux avait été trahi. Certes, sa maigreur avait effrayé son mari. Il avait bien voulu prendre sa tasse de lait mais dans l’état ou apparaissait sa femme, son appétit disparu.
Cette femme jadis très, épaisse et d’une manière proportionnée avec de véritable pompon comme fesse n’était plus que l’omble d’elle-même. Père Philippe n’avait jamais remarqué que sa femme fondait ; qu’elle n’était désormais comparable qu’à un squelette humain. Ce squelette voulait l’allaiter drôle.
Chéri, j’ai les seins pleins de lait ; tu prends une tasse de ta préférée ? Non, laissa entendre père Philippe qui soudain fut arraché de ses réflexions par la surprise de cette voix.
Assis sur son lit, père Philippe profitait de la lumière solaire qui, pénétrait dans la maison par la fenêtre pour se rajeunir. En trois semaines, son menton avait l’air d’être une forêt. A l’aide d’une vieille lame de rasoir, il défrichait cette forêt sans se soucier des égratignures que cette lame, laissait sur ses joues. Tellement évasif dans ses pensées, il ne pouvait ressentir le moindre mal. Il venait de se souvenir que depuis la naissance de MOTEMO, il n’avait pas puisé dans son breuvage. Quoique conscient que ce breuvage déborderait de lait, il n’eût pas le courage d’aller traire sa vache. Sans avoir entendu les bruits que faisaient les pieds de sa femme, il faillit emplir la maison d’un beuglement avant de se rendre compte que c’était la main de son épouse qui caressait les os de son dos.
– Ah chéri, c’est toi ! Tu m’as fait tellement si peur, tellement l’histoire du vampire me traumatise qu’en ressentant la douce main effleurer mon corps, j’ai cru cette fois-ci que c’est une vampire qui devrait prendre ta place.
– Qu’est-ce-qui t’a pris de te rajeuni !
– Qu’est-ce-que tu es devenu beau !
De quelle beauté parlait-elle ? Elle devait être devenue aveugle pour ne pas remarquer que le ventre de père Philippe collait à ses intestins et que de son gros corps, seule sa tête avait conservé son volume. Son œil sans se perdre, avait rejoint les tréfonds de l’orbite.
Père Philippe n’avait conservé intact que sa voix roque, même sans rien dans l’estomac. L’écho de sa voix pouvait parcourir des dizaines de kilomètres.
Il fallait ne pas vraiment avoir tes yeux pour se passer du fait que le rajeunissement que s’octroyait père Philippe n’avait que l’effet d’une goutte d’eau dans la mer. Les multiples rides que comptait son visage, le faisaient avoir l’air d’un siècle ; il devait trop se faire de soucis. Pourtant, sa femme ne vit rien même en déshabillant son mari, elle ne remarqua pas que les os des côtes pouvaient se faire compter à l’œil nu. Tel n’était pas son problème ce jour quand elle vint dans la chambre de père Philippe. Elle voulait récupérer son objet ; le presser, le réactiver par l’action de ses mains et surtout de sa langue. Elle voulait se rassurer que se n’était pas mort pour l’éternité.
Père Philippe ne fit à cet appel aucune résignation mais au cours des ébats, elle remarquait son apathie. Elle attendait la main de son mari dans son sexe et sa langue sur les tétons mais, il resta inactif. Ce n’est qu’avec cette paralysie et ce mutisme qu’elle comprit que père Philippe lui était désormais étranger. Si elle avait été vigilante, elle se serait imprégnée de cette dramatique situation depuis longtemps. Pour une première fois, le père Philippe lui avait abandonnée leur chambre et ceci depuis la naissance de MOTEMO. Il couchait dans la chambre des enfants et parfois au salon et depuis, il n’avait pas traire sa vache. Mais la pauvre MEGNE avait cru qu’il était en mauvaise humeur.
Maintenant, elle était convaincue du contraire.
Ah ! Philippe, suis-je devenue une gourde au point tu n’éprouves plus en vie de m’embrasser ? C’est étrange pour un gourmand de sexe comme toi.
– Gronda-t-elle et Philippe s’en défendit en ces termes : tu te fais sûrement des illusions. Sais-tu c’est devenu harassant de vivre avec un moteur en présence dans les pensées ?
Ah, quel gâchis la naissance de MOTEMO !
Cet enfant pourrit notre existence.
A l’insu de la misère de ses parents, MOTEMO prenait de l’âge. Il ignorait que c’est en faveur de la charité et surtout de la solidarité Africaine que ses parents avaient survécu jusque là. D’ailleurs à son âge, il n’avait que foutre. Quand la famine torpillait son estomac, ses cris arrachaient les lourds seins du soutien gorge et en dépit des malheurs qu’était victime mamie MEGNE depuis l’enfantement de cet enfant, elle éprouvait une extrême joie d’offrir son lait à son nourrisson.
Maintenant, seul le tété ne le suffisait plus pour sa nutrition, il le fallait également du pilé de pommes de terre et parfois de la patate douce ou de la banane mûre. En deux ans de croissance son estomac avait tellement pris de volume qu’à chaque deux heures MOTEMO exigeait à manger. Déjà, il semblait se passer de sa pauvre mère. En titubant, il pouvait désormais aller visiter les marmites dans la cuisine sans toute fois déranger cette dernière.
Quand MOTEMO trouvait là, quelque chose à se bourrer le ventre, il se faisait une petite fête dans la tranquillité, de retour auprès de la maman, seules tes taches d’huile sur ses haillons et le reste de la bouffe entre ses mains pouvaient trahir le fait qu’il a visité la cuisine.
Mais quand il y avait rien du tout, il fallait s’attendre à de lourds sanglots et au jet à tort et à travers des marmites. Ces sanglots ne s’arrêtaient qu’avec la présence d’un doigt de banane entre ses doigts. Il ne fallait pas à ces moments là, le tendre les mamelons, c’était peine perdue. D’ailleurs il se serait donner le luxe de les mordre et très souvent, sa mère en sortait de l’expérience en hurlant Aie ! Aie ! Aie ! Pour éviter certaines exigences, sa mère très tôt, à cause de la précarité de la bourse familiale, avait refusé de l’offrir soi-même des bonbons, des chocolats et des biscuits.
En raison de la survie de la famille et surtout pour pallier aux énormes ennuies et tracasseries dû par le chômage, par son inactivisme, père Philippe s’était soi-même trouvé un emploi.
Muni d’une machette et d’une hache, père
Philippe se procurait gratuitement du bois dans une immense forêt envoisinant. En la commercialisation, au prix de grandes souffrances et risques. Il pouvait ainsi ajouter un plus dans l’alimentation de la maison et se procurer sa cigarette et sa kola sans mendier ni à gauche ni à droite.
C’est en début d’un après-midi, un dimanche qu’il avait expérimenté sa première aventure dans la forêt. Debout dans une barque, il avait courageusement longé et défié la monstruosité des eaux noires sur lesquelles surnageait son navire pour se rendre dans le ventre de la forêt. C’est par un ouf de soulagement qu’il avait remercié la longitude de ces arbres. Le soleil qui brûlait son crâne s’était évanoui au-dessus des feuillages. Il ne ressentait au pied de ces monstres géants qu’une curieuse humidité. Le silence de ces endroits étrangers donnait l’impression d’être dans un cimetière, et au moindre bruit, même de ses pas sur les feuilles mortes des arbres, il croyait qu’un fantôme s’éveillait de sa tombe. A la suite de la chute d’une branche morte, il eut peur au point d’uriner dans son pantalon. Cet évènement malheureux ne vint pourtant pas au bout de son courage et de ses forces. Il décida par la suite d’expérimenter la lime de son coupe-coupe pour une fois dans sa vie, il allait abattre un arbre. Il contempla pour la dernière fois, la fraîcheur de sa paume de main. Une frêle main tendre qui, maîtrisait les manières de tripoter les seins de MEGNE. Une main qui entrait dans les profondeurs de l’intimité de sa femme sans l’écailler le sexe. Une main dont sa douceur savait lui faire gémir et pleurer de plaisir. Cette main devait bientôt devenir rugueuse. Que devait ressentir MEGNE lorsque ces mains cailloux devaient parcourir son corps ? Elle devait sans doute avoir plus de mal que de plaisir. Qu’importe ??? Il choisit un arbre et arma là-dessus, les premiers coups de hache et de la machette. A peine avait-il commencé, un torrent d’eau ruisselait sur son corps, mais il eut raison de l’arbre en écoutant le premier claquement de l’arbre. Bientôt ce monstre allait échouer ; et le claquement final ne tarda pas. Au moment de son atterrissage subite, une branche pris dans sa course folle, le manche de la chemise de père Philippe et projeta ainsi l’homme à une dizaine de mètre mais, père Philippe n’eût qu’une égratignure au passage de l’alerte chaude.
Il n’eut même pas le temps de s’occuper de son monstre. De le découper en morceaux, de transporter les morceaux à travers les pistes sinueuses de la forêt jusqu’à la barque.
Le transport de ces petits monstres jusqu’à la barque nécessitant une extrême énergie.
En réalité, le poids des morceaux de billes n’était pas si effrayant. Seul le trajet à parcourir dans ces pistes sinueuses, jonchées de lianes et parsemées de ronces donnait l’impression que le poids de la charge était triple. C’est toujours à bout de souffle qu’on atteignait la barque. Pour ce seul jour là, père Philippe avait cru perdre son crâne sous le poids de ces charges sans cesse renouvelées. Essoufflé, il s’était efforcé d’aller jusqu’au bout de sa besogne. Le plus dur qu’il avait cru s’avéra être la plus facile. La traversée du cours d’eau pour le chemin de retour fut si paisible et aisée. Cette fois-ci, il ne faillait que descendre le cours d’eau et c’est au prix de moindre effort que la barque suivait sa trajectoire. Au bout d’une heure de navigation, il atteint le rivage et comme par providence, soudainement, une grosse femme de passage, lui proposa d’acheter son cortège de bois en l’octroyant une maudite somme de 30 000 F CFCA. La somme ne représentait rien par rapport aux efforts. Mais ça valait la peine de la prendre. Elle pouvait compenser l’énergie des forces perdues. Pour une fois encore, depuis deux ans, père Philippe bu une bière ; il se donna même le luxe de s’acheter une boîte de lait. Le lendemain, sa femme cuisina de la viande de bœuf pour le repas du jour.

A l’âge de cinq ans, MOTEMO fut inscrit à l’école missionnaire catholique de la contrée. Cette école célébrait en cette rentrée scolaire là, son vingtième anniversaire. C’était une vieille bâtisse de l’époque coloniale, construite à la terre battue et recouverte de paille, les cinq bâtiments qui composaient cette école étaient séparés d’entre eux par un espace d’un mètre.
Cette école comprenait : la sil, le Cours préparatoire 1 et 2 et le Cours élémentaire 1 et 2. Quand un enfant avait bravé toutes ces classes, l’administration l’envoyait continuer ses études à l’arrondissement. Là, où il devait faire le Cours moyen 1 et 2.
L’aura que jouissait les maîtres au sein de l’établissement était incommensurable. C’étaient des hommes vénérés comme des dieux. Quand le maître disait un mot, le mot était toute suite, considéré comme une vérité universelle et si ça venait du directeur, les enfants prenaient cela comme un repère fondamental. Il y avait dans ce village seul un maître pour dissuader un enfant de sa mauvaise conduite.
MOTEMO avait pris place dans la classe du maître qui terrifiait tous les élèves. Monsieur Eric était réputé pour être le plus brillant de tous les enseignants et d’être en même temps le plus sévère et redoutable dans les bastonnades. Il n’avait pas besoin du fouet. Pour toute punition, il te faisait porter un poids de 5 kg de part chaque main et à genoux. Pendant plus d’une heure. Il avait une heure précise pour le bâton et pour cela, il s’était fait remarquer par les élèves par sa règle plate chaque matin. Les retardataires avaient droit à dix coups. Il fallait fermer la main et au-dessus des os des phalanges. Il vous offrait vos dix coups. Quant à ceux qui ne parvenaient pas à réciter leur cours de veille, ils avaient droit à vingt coups.
MOTEMO qui vint deux semaines après le début des cours eu le temps d’observer la méthode didactique de Monsieur Eric. Il comprit donc qu’il avait à faire à de choses très sérieuses.
D’emblée, il saisit que cet homme au visage émacié, planté sur une tête de noix de coco, aux yeux de lapin ne le ferait aucun cadeau. Il devait garder ses caprices pour sa mère ; de nature, bavard comme une pie et embêtant comme un singe, MOTEMO se métamorphosa toute l’année en une colombe.
Le soleil était au Zénith mais, dans l’ombre de ces grands arbres de la forêt équatoriale, la chaleur se faisait de moins en moins pressante.
Père Philippe assis au-dessus du tronc d’un arbre qu’il venait d’abattre, remuant dans sa bouche un quartier de kola, il usait de temps en temps sa crasseuse chemise pour s’essuyer la sueur qui coulait à flot sur son visage. Cette sueur laissait l’impression qu’au milieu de cette forêt où, il y avait pas de signe de pluie qu’une torrentielle pluie s’était abattue seulement sur cet homme. Tellement, l’eau suintait de partout sur son corps au point qu’on pouvait y cueillir une bonne quantité pour la consommation. En rêvassant, une mouche se tint sur son crâne pour se désaltérer ; dans un excès de courroux, voulant tuer cette bestiole qui perturbait sa tranquillité, oubliant que c’était sur lui-même qu’il portait ce coup fatidique, il s’offrait une belle claque et se réveilla de ses rêves. Son crâne qui avait perdu depuis longtemps toute existence de chevelure dû à l’action déshydratante et répétée de la chaleur que le port de ces rondelles produisait sur la partie centrale de sa tête avait pris un bon coup.
Le fait que père Philippe avait fait de sa tête le meilleur moyen de transport des billes de bois fit de sorte qu’ainsi, il eut pour le restant de sa vie une large calvitie et ce qui ne se passa pas sans commentaire. En Afrique, du moins à cette époque là, le vulgaire savait que la calvitie était inéluctablement un signe de richesse, de prospérité et de bonheur. Cette calvitie réjouissait même ses ayant qui, voyaient là, un signe des dieux qui viendrait mettre terme à leur souffrance.
Mais comment pouvait-on interpréter cette calvitie née dans la forêt !! Peut être par les idées nouvelles que devait se faire père Philippe.
Le succès scolaire de MOTEMO l’avait plu et il savait que pour qu’il aille jusqu’au bout de ses études, il lui fallait désormais débourser trop d’argent. Pour pallier à cette nouvelle difficulté à venir, il entreprit donc de tendre dorénavant les pièges dans la brousse pour attraper du gibier enfin de le commercialiser pour épargner un peu d’argent. De même, il décida de faire de la pêche dans le sinistre cours d’eau qui serpentait la forêt.
Un dimanche matin, il prit la résolution d’expérimenter la méthode de pêche artisanale qui, consistait à sectionner le cours d’eau en affluent enfin de faire des deux côtés de l’affluent un barrage fait de vieilles tôles, de vieux contre-plaqués dûment recouvert d’un large filet. Laisser cette étape, il fallait vider l’affluent de son contenu d’eau et une fois épargné de l’eau, il capturait dans la boue une diversité de poissons notamment des carpes et de la silure. Il prenait soin de fouiller et de refouiller tous les recoins d’ailleurs les poissons qui tentaient une escapade, s’accrochaient au filet.
De retour, c’était toujours une joie à sa vue. En effet, depuis que père Philippe menait cette activité, il y avait toujours de la viande d’eau douce à la maison. Désormais il ne fallait que chercher l’aliment avec lequel l’accompagner. Pour marquer sa gratitude à l’égard des voisins qui l’avaient longtemps soutenu lors de sa longue période d’impasse, il les distribuait du poisson et ceci au moins une ou deux fois par mois. Le volume dépendait de la quantité rapportée. Ce geste de bonté de cœur, cette amabilité de père Philippe fit de sorte que de retour des champs, les voisins pour attirer de plus en plus sa sympathie l’envoyaient soit du manioc, du macabo, des ignames, de la banane et du plantain. Ces divers dons réduisaient le volume des dépenses acquises pour la cuisine à presque zéros.
Le dimanche devait sans doute être son jour de chance. Père Philippe avait observé que le rendement de sa besogne le dimanche était toujours presque toujours double ou triple. L’avènement d’un évènement éblouissant vint l’en convaincre de cette assertion. Comme tous les dimanches, ce jour-là, très tôt le matin, par réflexe il avait bondi du lit pour prendre possession de son pantalon. Bien qu’étant efflanqué de tous côtés, ce maillot était un élément indispensable pour la réalisation de son boulot. Non seulement, il servait de cache sexe bien outre, cela le protégeait des piqûres des insectes et des moustiques qui abondent notre forêt. Après s’être finalement enfilé sa chemise, coupe-coupe et hache en main, il prit le chemin de la campagne en minant un ancien slow à succès, sans doute, il se rappelait de cette musique qui l’avait précipité dans le bras de MEGNE pour ne plus en ressortir.
Le temps avait passé mais par ce matin, il se le rappelait comme si c’était hier. Ah ! Ce fameux soir du samedi au cabaret night club de …………. Jamais il ne s’était séparé des sensations que ces seins souples effleurant sa poitrine au rythme d’un va et vient régulier le procuraient. Après le slow toute la nuit, il avait cru être en possession, de cette jeune créature, qu’il venait à peine de connaître sur son lit. Son gland avait pris du volume, il avait senti ses mains tripoter la gosse poitrine de sa dulcinée, les gémissements de celle-ci le procuraient toujours plus de plaisir. Il sentait sa langue tantôt chercher celle de MEGNE étalé nu dans ses draps jusqu’au entrecuisse et comme parcouru par une décharge électrique, des frisons éboulaient son corps. Ne pouvait retenir le liquide, il l’avait déchargé dans ses culottes. L’éjaculation l’avait poussé à se réveiller il tâta son gland, il était là, raide mort. Il effleura sa culotte, un liquide gluant l’avait gagné. C’est donc ainsi être amoureux !! Objecta-t-il. C’est ainsi qu’à la suite d’un rêve hors du commun voir humiliant et scandaleux qu’il était sorti de sa timidité pour aller déclarer son forfait chez son élue. Il voulait vivre désormais dans la réalité des choses. MEGNE qui semblerait-il avait eu les mêmes émotions, elle que le regard de père Philippe avait de prime à bord foudroyée ce soir-là, ne fût par très étonnée.
D’ailleurs, n’est-ce pas elle qui avait laissé les mains de père Philippe profiter de la faible densité de la lumière pour se balader dans ses culottes !! Cette union, ce coups de foudre ; non, c’en était pas un. Déboucha trois années plus tard à un mariage civil. Au grand dan des filles plus riches, plus belles, père Philippe qui paraissait à son époque pour être un véritable dandy en dépit du regard dédaigneux des autres, épousa sa douce MEGNE.
MEGNE qui n’avait pas cru à la sincérité de père Philippe à ses débuts, d’hésitation en hésitation finit par rejoindre père Philippe dans son lit conjugal. Elle découvrit dans les draps que les allures de coureur de jupon qu’affectait si souvent son mari n’était qu’une mamie de ne pas laisser paraître son ignorance dans ce domaine. Tellement il fut nul…
En chancelant, il vint à déboucher dans la forêt avant de se rendre compte qu’il avait emprunté un chemin autre à ce qu’il voulu. Il dût rebrousser chemin. Il fallait d’abord qu’il finisse avec le transport d’un autre tas. La quantité du bois à porter fit grogner. Le poids de la charge n’était pas effrayant ; seul le trajet à parcourir, parsemé de ronces et jonché de lianes donnait l’impression que le poids était triple. Pourtant il fallait venir à bout de cette piste si luxueuse pour débarquer à la barque, père Philippe durant le multiple aller et retour quoique au début cela fut horrible et pénible, père Philippe y parvenait maintenant par habitude et par routine, ça fait plus d’une demie heure à transporter ce bois. Juste le temps de prendre une gorgée d’eau, il se déporta vers un grand acajou. Depuis longtemps, il tenait à abattre cet arbre mais, il ne savait pas trop ce qui l’en empêchait. Bien décidé d’en finir avec, il y laissa dessus les premiers coups de hache.
Curieusement, l’arbre hurla de la sorte d’un être humain. Aie ! Aie ! Aie ! Autre fait étonnant, la sève qui coulait de cet arbre n’avait rien de normal ; cela paraissait être du vrai sang humain. Stupéfait par cet évènement, ses particules de chevelures restantes sur son crâne dénudé, hérissèrent et prit de panique, père Philippe rangea ses armes. Au moment de partir, il entendit une grave voix remplir la forêt : Oh ! Fils tu as raison de démissionner, que la sagesse des dieux de ta famille continue à te guider. Ce ne fut qu’en ce moment que père Philippe comprit qu’il s’était attaqué à l’arbre où résidaient les totems des patriarches.
Sacré dimanche, dimanche des grands réflexes. Si c’en avait été un autre jour, je me serais obstiné à guerroyer contre ses génies pensa Philippe. A l’instar de Monsieur TUEGUEM Sylvanus, je me serais fait perdre un bras sinon, en ressortir les pieds devant.
Le feu TUEGUEM était un chasseur émérite dans la contrée. Homme paré de plusieurs pouvoirs et dons, il ne refoulait jamais devant un totem ni devant quelconque obstacle. Plus d’une fois, de retour de chasse, il était revenu soit avec un chimpanzé, un buffle, un rhinocéros et au lendemain de sa partie, on avait entendu des cris s’élever dans le village. Tel notable venait de mourir ! Tel notable venait de mourir ! Tel vampire venait de s’écrouler ! Ainsi de suite. Mais un jour, il croisa dans la brousse le totem de son propre père. Brandissant son arme sur l’animal, l’animal lui dit : « TUEGUEM, c’est moi ton père. Oserais-tu tuer ton papa ?
– Ah pauvre papa, je vois en toi un animal, rien ne m’empêchera de viser mon objectif.
– Vas-y donc fiston ; Qu’attends-tu.
– Dommage pauvre bête, mon père ne m’avait jamais dit qu’il possédait un totem ; que le buffle était son double.
– Puisque tu en veux des preuves, arme donc ton tir.
Le malheureux TUEGUEM se croyait trop puissant, il arma son tir. S’attendant à ce que la bête s’écroule au contact de la poudre, il fut surpris que la balle revint de sa trajectoire pour détacher de son membre, son poignet droit. Aie ! Mon poignet où est-il ? A tout jamais, ce poignet avait disparu même en traçant son cercle magique, en conjurant tous ses pouvoirs magiques pour prendre vengeance il ne pu défier l’animal. La bête disparu à ses yeux sans qu’il ne su lequel des chemins cet animal avait emprunté.
De son retour quand, il vint expliquer l’évènement à son père. Sur le seuil de la porte, il remarqua que ce dernier était légèrement blessé au niveau des côtés. A peine eut-il ouvert la bouche, son père lui remit son poignet et tous deux unanimes, enterrèrent l’organe.
En ressassant ces curieux évènements, père Philippe comprit qu’il avait failli être victime du même sort s’il s’était entêté. Heureusement que le dimanche était son jour de prédilection.
Avec le temps, ce garçon efflanqué, qui était réputé pour le port des vêtements effilochés, s’affirma être un véritable génie. Sans reprendre une classe, il passa son Brevet d’étude Secondaire avec bravoure. Bien que pour arriver jusque là sa scolarité avec profondément entamée l’épargne de père Philippe, celui-ci se réjouissa enfin d’avoir eu un fils digne d’intérêt dans la contrée. Son honneur accru quand MOTEMO fut coopté par les missionnaires pour enseigner les élèves du Cours Moyen Deuxième année.
Petit à petit, il refit la toilette de ses vêtements et de son physique. Il ne paraissait plus en public que costumé et parfumé. Ce n’était plus l’heure du chant des vaches maigres. Cela se faisait ressentir. Seule la valeur de sa paire de chaussures le confirmait.
MOTEMO était finalement devenu un homme digne de respect et d’admiration. Une seule année avait suffi pour effacer de la mémoire de ses camarades les vilaines impressions et les insultes que pendant des années, ils lui avaient accablées. Ses conégenaires savaient désormais tenir leur langue quand il s’agissait d’évoquer le nom de MOTEMO.
Même ses parents démentaient maintenant le fait qu’il soit un enfant vampire. MOTEMO les avait comblés de joie et de gratitude. Les vieilles redingotes de son père étaient changées tout neuf. Ainsi que les vieux cabas de « Mami-MEGNE ».

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