Afrique, quand vieillir devient une crainte

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Les jeunes ne se rendent pas compte qu’ils vont vieillir, et qu’ils risquent de connaître des situations cauchemardesques comme celles que vivent les vieillards d’aujourd’hui. Des hommes, qui une fois l’âge limite de travail atteint, se sont retrouvés sans aucun sou et avec une lourde charge familiale à assumer.


En réalité la palme d’or de la tricherie des âges ne revient pas aux sportifs, dont la presse relève les scandales chaque jour. Il y a une grande phobie en Afrique de déclarer son âge exact. Cela se vit à tous les niveaux et dans toutes les classes sociales.

Il y a plusieurs décennies, j’étais facteur de presse et j’apportais des journaux chez des particuliers et notamment chez beaucoup de fonctionnaires. La plupart de ces agents d’Etat étaient déjà proches de la retraite, mais aujourd’hui encore, ils exercent toujours.
Par contre, j’ai croisé des vieillards sans aucun pouvoir. Ils ont travaillé pour des bourgeois qui sont peu nombreux à affilier leur personnel à la caisse nationale de prévoyance sociale.
Ces vieillards une fois l’âge limite de travail atteint, se sont retrouvés sans aucun sou et avec une lourde charge familiale à assumer.

Bien qu’âgés, ils sont contraints de faire des petits métiers pour assurer leur survie et celle de leur famille. C’est le cas de M. X recruté dans ma laverie. Il a des difficultés avec une certaine clientèle qui lui reproche son inaptitude à occuper cette tâche : manque de rapidité et manque d’aisance pour accueillir les clients. Ces derniers, jeunes pour la plupart ne manifestent aucune compréhension.

J’ai moi-même vécu une situation similaire et je me vois dans ce vieux. En douze ans de travail, je n’ai régulièrement cotisé que pendant trois ans. Les autres années, à mon départ, de mon ancien lieu de service ont été retenues comme des arriérés sous la pression des agents de la CNPS (Caisse nationale des agents sociaux) . Jusqu’à présent, la CNPS n’a pas encore recouvré ces arriérés.

C’est-à-dire qu’à l’âge de soixante ans je ne suis pas loin du cauchemar de cet homme que j’ai engagé. Les clients qui pestent sur ce vieillard ne savent pas que ce n’est pas sur lui qu’il faut crier. Ce sont les hommes à la charge de nos institutions, ces patrons capitalistes à outrance, ces hommes d’affaires au visage inhumain, ces misanthropes adeptes des profits exacerbés qu’il faut doigter et à qui il faut demander des comptes.

Un vieillard qui meurt, ce n’est plus une bibliothèque qui brûle

Les vieillards sont victimes de ce système, ils n’ont aucun pouvoir et ne chercheraient même pas à tricher sur leur âge si toutes les conditions pour vivre une retraite paisible étaient réunies.
En revanche, il y a ces corrompus qui ont peur de déclarer leur vrai âge de peur d’aller en retraite et de perdre tous les avantages liés à leur service. Cette caste d’hommes a même parfois des comptes bourrés de fric, mais s’agrippe instinctivement au pouvoir. Ceci est le mal africain, on ne vieillit plus, on ne démissionne pas. Tout compte fait, nous avons beau tricher avec notre âge, mais quand le poids de l’âge pèse sur nos épaules, le corps cède.

Si on a peur de vieillir, c’est parce que notre société tue les vieillards. Il faut repenser la situation des personnes du troisième âge, surtout celles qui ne bénéficient d’aucune pension vieillesse.

Aujourd’hui, les données ont littéralement changé, un vieillard qui meurt ce n’est plus une bibliothèque qui brûle. Dommage, et quelle honte pour l’Afrique et son service social.
Un vieillard qui meurt est un supplicié qui se trouve libéré, une misère de moins et une charge de moins pour la société qui refuse d’admettre que les gens du troisième âge doivent de plus en plus bénéficier d’attentions particulières et de soutien. Malheureusement, ils baignent dans l’indifférence et le mépris.

Une réflexion au sujet de « Afrique, quand vieillir devient une crainte »

  1. Très beau billet.

    La vieillesse est effectivement un cauchemar pour la plupart d’entre nous, surtout les fonctionnaires. Et comme tu l’as si bien dit, c’est la faute aux institutions qui ne proposent pas des mesures efficaces pour accompagner les vieux dans leur retraite.

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