Au Cameroun, certaines pharmacies sont de véritables cavernes d’Ali Baba

Les pharmaciens camerounais participent activement à l’automédication. Leur procédé est simple. Je connais l’un d’eux depuis bientôt trois ans. Nous empruntons le même autobus chaque jour et le nombre élevé de voyageurs lui est profitable : c’est un marché inédit. Le pharmacien a une trousse où se trouvent assez de médicaments de différentes « pseudo maladies ». Il saisit un paquet, étale les bienfaits du médicament qui se trouve à l’intérieur, vous pousse à diagnostiquer de vous-même votre mal ou alors, il essaie d’énumérer les symptômes des différentes maladies que le médicament peut soigner. Ensuite, il propose l’échantillon à ceux qui veulent le produit. Ce produit est tellement bon marché, taillé à toutes les bourses qu’il est difficile de finir le trajet du bus sans en avoir vendu une dizaine et parfois plus.
Il y a une semaine environ, Jules un maçon a acheté l’un de ces produits destinés à lui soulager la douleur qu’il avait dans les membres. Le médicament l’a purgé au point qu’il a failli rendre l’âme.
L’incriminé a nié la forfaiture, et pire certaines langues se sont déliées pour mettre en doute la provenance des médicaments de Jules. Certains ont estimé que Jules était jaloux des prouesses de ce docteur de fortune et tenter de le saboter.

Jules pourtant n’est pas un cas isolé, et seul Dieu sait combien de personnes sont mortes de ce commerce ambulant de soins qui est florissant au Cameroun. Et les assauts de la gendarmerie et de la police n’ont jamais pu l’anéantir. Les marchés de ces croque-morts sont officiellement connus dans la pays, et l’on vient de partout pour consommer ces produits douteux. Certains pharmaciens et petits hôpitaux s’y ravitaillent et y déversent également des médicaments dont la date d’utilisation est largement dépassée. D’aucuns appellent ces marchés la caverne d’Ali Baba. Ce sont des lieux de haute prestidigitation d’où se joue la tombola, on peut en guérir ou  trouver la mort tout simplement.
Ces marchés prospèrent à cause de la cherté des soins dans les rayons des pharmacies. Avec l’essor les génériques, nous espérons que ces marchés prendront un coup sérieux et que la population  se rendra compte des dangers qu’elle court chaque fois qu’elle se rend dans ces officines de fortune. Des officines à bon marché, bien sûr, mais la vie doit-elle aussi être vue au rabais ?
La lutte contre la vente illicite de ces médicaments est un échec total pour le gouvernement camerounais. Cela fait des lustres que les autorités en charge d’assainir ce domaine donnent de la voix. Mais ces interventions se soldent toujours par un échec. Un œil averti dira tout simplement que le gouvernement camerounais n’a pas réussi à mettre fin au mythe de la caverne d’Ali Baba. A cause de la porosité de nos frontières, ces faux médicaments viennent de l’Inde du Nigeria, etc., et envahissent le marché camerounais sans être soumis à aucun contrôle. Les pouvoirs publics sont-ils dépassés ?

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