Le suicide, malheureuse réponse des vieillards

Il se passe comme un fait banal, mais cet acte de désespoir total prend des proportions inquiétantes. En moins de deux mois déjà cinq suicides enregistrés à Douala au quartier village sur un rayon de moins de 10 kilomètres.
Le suicide a été défini par Émile Durkheim comme la fin de la vie résultant directement ou indirectement d’un acte positif ou négatif de la victime, elle-même sait qu’elle va se tuer. Il s’agit en d’autres termes d’un décès obtenu par action volontaire dirigée contre soi.

Dans la revue Synapses, une publication d’information et de formation du centre de santé mentale de Saint-Benoît Menni, on note que les statistiques sur ce problème seraient très difficiles à établir dans notre pays. D’une part, le système de santé n’est pas assez organisé et outillé et d’autre part, les familles ne déclarent quasiment pas le décès pour qu’un genre de mort soit établi.

Nous pouvons tout de même révéler que le suicide est 2 à 3 fois plus élevé chez l’homme et qu’il augmente avec l’âge et surtout chez les hommes. Quant aux tentatives de suicide, elles sont 2 fois plus élevées et importantes chez les femmes que les hommes. Signalons également que la moitié des suicides 30 à 60 % sont précédés d’une ou de plusieurs tentatives de suicide.
Des études ont permis de démontrer l’existence d’un trouble psychiatrique chez plus de 90 % des personnes décédées par suicide. les troubles mentaux fréquemment mis en cause sont :
la dépression 50 %
l’alcoolisme 1/3 des cas
la schizophrénie plus de 5 %
les troubles de personnalité 1/3 des cas
Ainsi un million de personnes se suicident dans le monde par an et plus de trois millions tentent de se suicider.

Quand est-il de l’interprétation culturelle ?

Les Bassa assimilent le suicide à une mort violente, une mort par effusion de sang, celle qui n’est pas la conséquence d’une maladie ou d’une défaillance subite de l’organisme humain. Une telle mort est considérée comme une souillure, car le sang versé souille la victime et sa famille. Elle induira un rite de purification que les Bassa nomment le Mbak qui est à la fois une maladie et un rite de purification.

En se donnant la mort, le suicidé enfreint l’interdit de tuer, il offense le groupe social dans lequel il a vécu. Il met en danger les membres de sa famille et ses descendants, parce qu’il les rend susceptibles de contracter le mbak-maladie. Après la mort par suicide dans une famille, si les membres de la famille ne sont pas purifiés, il est probable qu’ils développent plus tard la maladie de mbak. Il faut donc éviter tout contact avec le sang lorsqu’il émane d’une mort violente et s’interdire de toucher un suicidé avant que le mbanbaga, le maître du rite du mbak n’enlève la souillure. Cette souillure se transmet à toute personne qui touche ou enjambe le sang ainsi versé.

C’est pour limiter les risques de contagion dans la tradition bamiléké ancienne que l’on enterrerait le suicidé au lieu où il s’est pendu, on creusait la tombe en dessous du pendu, on coupait la corde et le corps retombait dans le trou que l’on refermait au plus vite.

Aujourd’hui, toujours dans la société bamiléké, avec le phénomène de l’urbanisation, la dépouille du suicidé peut-être fouettée, enterrée loin du village et le défunt n’aura pas droit aux funérailles. Le cadavre d’un suicidé n’est pas exposé à l’intérieur d’une habitation pendant les obsèques et après l’enterrement suit immédiatement la cure de purification.

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