Mon petit frère et la transe

Il ne se passe pas une année sans que le phénomène de transe affecte le quotidien dans nos milieux scolaires. Mais, qu’est ce que la transe ? Comment comprendre ce phénomène qui, au fil des années, est devenu un événement quasiment incontournable dans nos établissements scolaires ? La transe est un phénomène naturel ou bien un état de conscience modifié ? Est-elle un monde imaginaire?

En effet, la transe est un état psychophysique commun à toutes nos cultures et croyances, c’est une sorte de voyage dans le monde de la réalité non ordinaire. «Etre en transe, cela correspond à un état de conscience particulier », souligne sœur Andrea Calvo. Pour la pensée occidentale, cela signifie « être hors de soi-même ». On parle ainsi de la « transe du medium », pour celui qui communique avec les esprits, ou de la « transe hypnotique ». C’est un état dans lequel la raison est reléguée au second plan. Il n’est peut-être pas très loin de l’état de rêve, où le mental est aussi complètement déconnecté.
D’autres civilisations considèrent ces états de conscience, où la raison est reléguée à l’arrière plan, comme  un état naturel. Cet état ne leur fait pas peur, au contraire elle fait partie de la vie courante. Elle est une autre face de la réalité. Pour eux, la transe et le rêve sont des états sacrés au travers desquels dieux et esprits leur parlent. Ces états de transe sont pour eux étroitement connectés aux forces de guérison et aux forces de créativité artistique, notamment à la musique et la danse. Ils atteignent le plus souvent cet état « hors d’eux-mêmes », là où le mental n’a plus de prise. Les musiques et les chants qui permettent la transe ont des caractéristiques particulières, ce sont des musiques traditionnelles. En ce sens, elles ont été expérimentées, pratiquées et améliorées pendant des générations et des générations. Selon le philosophe et sociologue Georges Lapassade, on distingue cinq types principaux de transe:

– La transe néotenique, qui peut se produire chez le nourrisson dans des moments de détresse.
– La transe exomique, ou encore appelée « expérience de hors-corps », dans laquelle une personne semble percevoir le monde depuis une position située hors de son corps physique.
– La transe onirique ou « rêve lucide », où le « corps de rêve devient corps astral ». Une transe que cherchent à atteindre les spécialistes de la pare psychologie et certains médecins.
– Les états de mort imminente
– La transe organique, celle de l’état hypnotique et des « foules en délire »

C’est cette dernière qui a affecté certains de nos établissements scolaires, dont voici quelques exemples:
• 1995 : au lycée de Santchou, des jeunes filles tombent après chaque levée des couleurs
• 1999 : le même phénomène apparaît au lycée de Bertoua
• 2000 : au lycée de Matomb,
• 2001 : au CETIC d’Akwa Douala, 13 jeunes filles s’effondrent après une cérémonie de remise des don dans leur collège.
• 2002 : c’est le cas au lycée Islamique Cheikh Amhdam à Ngaoundéré, au lycée de Lagdo et au lycée de Maroua.
• 2003 : des élèves s’écroulent au CETIC de Mora, dans les lycées de Matomb et de Foumbam.
• 2004 : aux lycées d’Akwa Nord, de Classique de Mora et le CETIC d’Akwa
• 2005 : c’est le tour des lycées de Moro, Classique de Ngaoundéré, bilingue d’Essos de Yaoundé et des collèges Libermann de Douala et la Vina de Ngaoundéré.
• 2006 : le collège d’enseignement secondaire bilingue de Meiganga.
• 2007 : le collège Vogt de Yaoundé et le lycée de la Maturité à Douala.
• 2008 : le lycée de la cité des Palmiers

La liste est loin d’être exhaustive. Le phénomène de transe défraie la chronique et j’en souffre dans ma chair. Mon petit-frère est possédé par mille démons et il entre en transe ou a des crises hystériques régulièrement. Les guérisseurs disent que c’est le début du chemin à suivre pour être consacré Khamsi, c’est-à-dire docteur traditionnel. Ils nous disent qu’il parlemente avec les esprits, qu’il est le seul à les voir, à les entendre et à suivre leurs recommandations. D’aucuns disent qu’à un moment, les Khamsi déjà couronnés doivent le traiter pour retrouver la paix et ensuite exercer comme eux.
Désormais, nul besoin d’aller dans les lycées pour rencontrer ceux ou celles qui entrent en transe, soit par inoculation d’une poudre maléfique injectée sur eux par la puissance des démons, soit de manière naturelle, comme c’est le cas chez les Khamsi. Ceux-ci disent possédés par les esprits divins.

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