L’autre face cachée de Wabo Tayoutue

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16 octobre 2015

L’autre face cachée de Wabo Tayoutue

Mon grand-père est mort il y aura bientôt quatre décennies et son côté obscur continue de susciter beaucoup d’interrogations en moi. Je voudrais comprendre son côté obscur, je croyais le connaître, mais comme dit Montaigne » l’homme est divers et ondoyant ».
Mon grand-père a quitté ce monde sans me révéler certains de ses secrets. C’est dans ses derniers jours que les langues déliées nous renseignèrent sur le côté ténébreux de ce grand-père que j’ai aimé de toutes mes forces, car notre complicité était forte.
A un moment, tout le village savait qu’un grand notable allait quitter la scène et pourquoi?
Parce qu’ une panthère sillonnait de jour comme de nuit les sentiers de notre quartier. Cet animal visiblement mal en point, complétement en détresse portait là, le signal qu’une grande personnalité du village allait tomber.
Généralement à l’ouest du Cameroun, il y a des signes avant-coureurs, précurseurs ou annonciateurs des événements tragiques. Soit une branche du baobab tombe, soit un animal sauvage tel que la panthère, le buffle, rhinocéros… parcourt les ruelles du village de jour comme de nuit. Que cet animal sorte de sa cachette pour vadrouiller dans le village, montre à dessein que quelque chose de tragique aura bel et bien lieu, c’est les initiés interprètent ces signes et préparent parfois la famille du concerné à accepter courageusement la perte d’un tiers. La mort de mon grand-père n’avait pas étonné, cependant, le fait qu’ après sa mort, sa chambre soit demeurée longtemps plombée suscita quelques interrogations.
A aucun moment, aucun de ses enfants n’osa tourner la vachette de cette porte. Les instructions faisaient état que seuls un marabout ou un notable de son rang devaient pénétrer cette chambre et y faire quelques gris-gris avant que d’autoriser ses enfants à y entrer.
Ainsi toute la famille avait été alertée de ne point traverser le seuil de cette porte sans qu’au préalable les travaux de ses pairs notables ne soient effectués.
Ce ne fut que plus tard lorsque son totem fut éloigné du village et que le marabout s’est introduit dans sa chambre que nous eûmes la permission de dormir dans cette chambre. Une pièce qui avant sa disparition n’avait rien de spécial.
Aujourd’hui, je me pose des questions sur le bien-fondé des travaux du marabout.
Ne vendait-il pas des illusions, des morceaux choisis d’un cirque à la famille ? NON me dira ma mère, il fallait exorciser la chambre de ton grand-père des sales esprits. Ces êtres spirituellement démoniaques qu’entretenait mon grand-père devaient être chassés pour que la famille trouve la paix.
Ma mère pour me convaincre de la véracité de ses propos me montra cette belle villa faite de pierres précieuses que l’un de mes oncles maternels avait été contraint d’abandonner parce que, mon grand-père y tenait des réunions secrètes en compagnie des notables de la pire espèce et plus tard, il y logea son totem.

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