grandeur et misère de la malédiction

‘‘Souffre de ne point manger de cet argent car aucune de tes activités ne prospéra.’’ C’est dans un état second que mon grand-père avait proféré les menaces à l’endroit de mon oncle. Ce vilain paresseux avait cru que son père s’amusait or la colère du vieux avait été récupéré par les divinités et les lieux sacrés de la concession.
En effet, que c’était-il réellement passé ? Il était connu de tous que mon oncle, le fameux TALLA, n’aimait pas défricher ou faire du travail manuel. Malheureusement, à l’ouest du Cameroun, l’homme se mesure par-rapport à la force de ses muscles.
Nous étions en pleine vacances et il fallait donner un coup de main au vieux en défrichant sa caféière, une tâche repartie à tous les petits-fils, chacun fit son boulot à l’exception de Talla.
Puis vint le temps de la récolte du maïs, un job plus difficile que le premier car, il faut aller en forêt sur prés de six à sept kilomètres de maison et à pied, il faut retirer des profondeurs de la foret les épis de maïs de leur tige, les ensacher et les porter à plus de mille mètres à pied et sur la tête pour les déverser à l’endroit ou un véhicule peut venir transporter. Le premier boulot étant fait aux champs, le prochain travail est à la maison une fois le vehicule arrivé, vous re transportez les épis du maïs de la route vers la case et vous les envoyez au grenier.
Face à un tel boulot, mon oncle Talla se substituait et prenait soin de revenir à la maison s’étant assuré que le travail est fini.
Le grand-père avait fait le constat et était fâché du comportement de ce dernier. Courroucé, il laissa entendre que Talla n’était pas sorti de ses couilles, malheureusement, en dehors de cet aspect paresseux, Talla ressemblait au vieux, sa physionomie, sa démarche, sa manière d’articuler les mots, même sa façon de manger, il était le portrait craché de mon grand-père, le célèbre Wabo Tayoutue. Tout le monde aurait parié si les avis étaient à demander que Talla serait son successeur. Les langues déliées avaient laissé entendre ces murmures et le grand-père laissa transparaitre son indignation. Le grand-père nous fit comprendre que de laisser son trône à un tel homme, vaudrait confier les rênes à une de ses filles assez dynamique, Talla était ainsi déjà exclut de la course au trône et désormais du partage de toute la manne provenant des travaux champêtre. « Les paresseux n’ont pas droit à la coupe du roi ni à sa cour » Lors des gratifications de fin de vacances le grand –père nous réunissait dans la grande case là ou reposent les ancêtres et certains des divinités de la famille, nous distribua de l’argent et des victuailles, à Talla il dit « souffre de ne point consommer de cet argent, car aucune de tes activités ne prospérera ». Talla prit néanmoins l’enveloppe, il nous dira plus tard que le grand-père délire et que ses propos ne relevaient que de la pure superstition. C’est le pari qu’il devait perdre cinq ans plus tard, pour avoir payé ses études avec cet argent, il échoua le bac cinq fois. Cette déconvenue que personne ne comprenait l’amena à reconsidérer les propos de son père et il vint sans aller chercher l’aide de ceux ou celles qui savent sonder les signes et l’avenir, se répandre auprès de son géniteur.
Depuis lors il vient s’exercer aux champs et le grand-père à oublier les égarements de son fils, Talla est devenu un véritable ouvrier.

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